Légion d’Honneur Civile Hongroise, 2021

Communiqué

 

Le Cercle Ars Humanica Hungarica, composé de scientifiques, de personnalités ecclésiastiques, d’artistes et de mécènes, a en 2011 créé la Légion d’honneur civile hongroise, insigne constituant la plus haute distinction morale de la société civile hongroise. Pour la dixième fois cette année, le Cercle a, comme jusqu’ici, décerné ce prix à des constituants dignes de la société hongroise dont les actions font figure d’exemple dans le champ de la reconnaissance sociale des nobles actions humaines : www.arshumanica.org.

Pour cette dixième occasion, cette distinction a été décernée à la Communauté de la SZFE (Université d’art dramatique et cinématographique). Une communauté civile spontanément organisée comptant, outre les enseignants et étudiants de cette institution, un certain nombre de citoyens défenseurs de leur liberté. Leur manifestation élémentaire pour exprimer leur désir de liberté a révélé l’élégante dignité du courage civil, de la résistance civile classique, laquelle doit servir d’exemple et témoigner en tout temps, à toutes sortes de pouvoirs, que la liberté d’esprit ne peut être entravée.

 

Sándor Radnóti

 

Courage civil pour l’autonomie d’une université

 

Éloge

 

 

Dans la lutte pour l’autonomie à l’Université d’art dramatique et cinématographique, le plus frappant a été de voir le nombre d’étudiants, peut-être plus d’une vingtaine, qui ont pris la parole et commenté le mouvement, et tous avec courage, promptitude et franc-parler.

 

Leur cause est claire et simple. Dans cette série de mesures visant à assujettir les universités publiques à des fondations pseudo-privées, la promesse d’une pluie d’argent occulte la plupart du temps les objectifs idéologiques et du pouvoir – du moins aux yeux des citoyens universitaires pragmatiques. Il n’en est pas ainsi de la SZFE, où dès le départ il est clairement apparu qu’une guerre avait été lancée contre l’esprit, la tradition et le corps enseignant de cette université en voulant y mettre fin pour instaurer à la place un vague concept de pouvoir jusqu’ici peu clair mais dans tous les cas nationaliste et officiel – par conséquent d’extrême droite – qui ne saurait être développé si les enseignants actuels ne sont pas enclins à accepter les idées de nation, de patrie et de chrétienté. D’où la nécessité d’une purge complète et la diffamation rétrospective de l’université.

 

S’il y a eu une dose infime de miel – avec l’appât de possibilités financières sans précédent – ce sont les coups de fouet qui ont primé ; une intransigeance rigide et agressive autant de la part du ministre en charge et du responsable étudiant que du président du conseil d’administration mis en place avide de pouvoir et revanchard. Et derrière, bien sûr, les roquets déchaînés des médias gouvernementaux.

 

Jusqu’ici, c’est une histoire comme cent autres depuis ces dix dernières années. Ce qui la rend remarquable et non éphémère, c’est cette résistance, ce courage civil dont ont fait preuve autant les élèves que les enseignants. Qui plus est une résistance d’une telle intelligence, d’une telle subtilité, d’une telle finesse ! L’occupation de l’université par les étudiants, le ruban de sécurité rouge et blanc devenu symbole de résistance. Les maîtres, les représentants des métiers du théâtre et du cinéma, l’hommage des intellectuels solidaires sur le garde-corps au-dessus de l’entrée. La pétition envoyée à travers une chaîne humaine, passant de mille en mille mains de la rue Vas jusqu’au Parlement. La manifestation devant le Théâtre National pendant une représentation des Citoyens de Kassa – avec des citations de la pièce de Márai. La proclamation de la république scolaire en référence à l’autodétermination de l’université kidnappée mais aussi – sciemment ou non – à la disparition de la République de Hongrie. Le mouvement de grève. Le festival du film de l’examen en ligne. La réoccupation de la scène Ódry. La grande manifestation du 23 octobre 2020. La lutte juridique professionnelle. Et la supériorité inébranlable, la sérénité, la vérité et la bonne humeur des déclarations.

 

Certains pourraient dire – et le disent d’ailleurs – que « l’apolitisme » du mouvement a suscité une grande sympathie. Ceci est vrai en ce sens que l’autodéfense de l’université a constitué l’alpha et l’oméga de tout, et à partir de là, les participants se sont gardés de tirer des conclusions de politique actuelle. Bien que nous ayons su tirer les conclusions de leur cause. Tandis que pour ceux qui utilisent la « politique » pour réprimer, l’absurdité des théories complotistes de l’adversaire a pu devenir une évidence. Mais bien entendu, protéger, préserver l’autonomie d’une université constitue un objectif politique, l’auto-organisation est un mouvement politique, et dans les débats démocratiques permanents de base, préserver l’unité est un acte politique.

 

Le blocus des étudiants, la grève des enseignants (qui a jusqu’au bout signifié maintenir l’enseignement) ont pris fin. Mais ce mouvement de désobéissance civile, désobéissant non pas à l’ordre civil, mais à l’arbitrage du pouvoir, a laissé une forte empreinte. Le bâtiment de la rue Vas est devenu un symbole, à tel point que la nouvelle direction s’en est déjà débarrassé. S’ils se sont accaparé le nom de la SZFE, il n’en demeure pas moins difficile de remplacer le corps enseignant par des inconnus, incapables, et d’en mettre à sa tête un acteur éminent dont je crois fermement que nul ne l’ait entendu prononcer une seule pensée personnelle en dehors du texte de ses rôles, un célèbre caméraman qui aurait appris quoi depuis son film d’il y a 40 ans, Méphisto, ainsi que le recteur Spiritus, réalisateur à une époque compétent et qui aujourd’hui ne sait que haïr et comploter. L’esprit de la SZFE est ailleurs.

 

Remerciements de Gábor Németh

 

Nous tous, membres de la communauté de la SZFE, avons été très heureux d’apprendre que le Cercle Ars Humanica Hungarica nous attribuait cette distinction honorifique, puis de lire le récit chaleureux de Sándor Radnóti qui a su relater notre histoire avec une compassion clairvoyante. Cette distinction nous est remise au meilleur moment, c’est-à-dire à un moment sans doute des plus difficiles où la lutte que nous menons pour retrouver l’autonomie de l’université est arrivée à un tournant. Il revient à présent aux professeurs et aux étudiants qui ont pris part à ce mouvement de décider, en fonction de leur situation personnelle et leur tempérament de quelle manière poursuivre leur histoire personnelle, quelle place prendre dans ce grand récit commun. Doivent-ils rester dans le système institutionnel assujetti de la SZFE et y trouver des formes de résistance ou chercher leur bonheur en dehors de ses murs ? « L’esprit de la SZFE est ailleurs » dit l’éloge. Dans la force de l’âme ? Dans la liberté de l’imagination ? Dans cet enthousiasme et cette légèreté avec lesquels la résistance a trouvé de nouvelles formes face aux gestes maladroitement pesants du pouvoir ? Dans des situations difficiles comme celle-ci, un exemple à suivre est d’une grande aide, en ce qui nous concerne l’exemple de ceux qui sont devenus chevaliers de la Légion d’honneur civile hongroise durant cette décennie. L’exemple de ces personnes qui ont écouté leur cœur et fait primer les valeurs fondamentales de la culture européenne, c’est-à-dire gréco-judéo-chrétienne, la protection des libertés et la préservation de la dignité humaine sur leurs intérêts à court terme. Au nom de la communauté de la SZFE, je remercie les fondateurs de ce titre honorifique, ainsi que ceux qui en ont été honorés de nous aider, par leur reconnaissance solidaire et leur exemple vecteur de force, dans nos luttes, nous permettant ainsi de voir nos efforts pour la liberté se rencontrer dans cette communauté de valeur encore et à l’avenir aussi indépendamment des parcours personnels.

 

Gábor Németh

Enseignant à la SZFE